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Citations

Ecole Jean-Jaurès

1, place Jules-Ferry

69300 Caluire-et-Cuire

 

Tél./Fax : 04 78 29 58 58 JeanJaurès@pplication

 

  


Notation :

"Il est essentiel qu’une notation, largement étalée, exprime la valeur réelle et inégale des agents.
S'agissant de l'avancement en grade, il est possible que le procédé du choix soit de nature à empêcher la sclérose, la routine dont souffre notre administration. Les fonctionnaires les meilleurs, les plus aptes, je dirais les plus dévoués à la cause de la République, sont parfois infériorisés alors que les fonctionnaires médiocres sont assurés d'un avancement égal".

Maurice Thorez, en 1946, secrétaire général du Parti communiste français, vice-président du Conseil et ministre chargé de la Fonction publique, défend sa loi relative au statut général des fonctionnaires (promulguée le 19 octobre 1946)

 


Evaluation :

"La rigueur de la sélection scolaire bénéficie, en premier, aux élèves issus des milieux modestes. En outre la transparence des réseaux scolaires, le caractère explicite des principes de fonctionnement et des critères de sélection avantagent les élèves issus de milieux défavorisés. Il semble que la connaissance claire par les utilisateurs des règles du système éducatif leur permet de saisir les enjeux, de lier les fins et les moyens et de s’engager plus résolument dans la compétition scolaire. Inversement, l’opacité des structures scolaires, le caractère diffus des systèmes sélectifs aggraveraient les difficultés de compréhension et de prévision et augmenteraient les risques d'échec. Rien de tel pour les élèves issus de milieux favorisés et leurs parents, plus habiles à décoder ces règles.”
Mohamed Cherkaoui, Sociologue


"Casse-toi pauvre c.."

La faute professionnelle du président de la République,
par Christophe Brun

27 février 2008 - Le Monde

L'insulte du chef de l'Etat au quidam du Salon de l'agriculture n'était qu'une réponse bien sentie à une précédente injure ("Touche-moi pas, tu m'salis"), qui met en valeur le sens de la repartie présidentielle. En effet, si un citoyen ne souhaite pas se trouver au contact du président de la République, rien ne l'empêche alors de s'éclipser au passage de la cohue qui l'annonce : tel est le sens, très simple et fort clair, de la phrase de M. Sarkozy.

Les défenseurs de Nicolas Sarkozy peuvent donc arguer de la simplicité d'un chef de l'Etat qui ne s'en laisse pas compter et sait se mettre au niveau de ses concitoyens, quels qu'ils soient et quelle que soit leur attitude.

Voilà bien une pratique décomplexée du pouvoir : les divers segments du peuple auraient droit à un président caméléon si proche d'eux qu'il reflète ce qu'ils sont dans leur manière d'être - people allié aux people, policé avec les policés, vulgaire face aux vulgaires, histrionique au milieu des histrions, casqué parmi les ouvriers, botté à la campagne.

Mais, ce faisant, l'empathie forcenée de Nicolas Sarkozy en tout domaine - le président de la République ne cesse de jouer sur le registre de l'émotion - sape peu à peu son autorité. Car de caméléon à acteur aux effets outrés, puis à "Guignol", le glissement de la perception peut être fort rapide.

Les professeurs connaissent bien ce processus, eux qui ne sont respectés de leurs élèves que s'ils n'en adoptent justement pas les comportements, conformément à la représentation que les élèves ont d'un professeur.

En effet, les dominés reconnaissent d'autant mieux la supériorité d'un dominant que ce dernier ne se conduit pas comme eux mais sait s'autocensurer et conserver, en particulier, une aimable et ferme réserve. Celle-ci est nécessaire, non seulement au prestige du dominant qui évite de la sorte le recours bien moins efficace à la force nue, mais aussi, dans le cas de l'injure, parce qu'un individu en position d'autorité n'est pas l'égal de celui qu'il surplombe. Cette position, malgré l'utilité qu'on lui reconnaît, a toujours quelque chose d'oppressant. Se permettre des propos ou des actes humiliants, c'est redoubler le sentiment de domination d'une manière toujours perçue comme outrée et gratuite par le dominé. En outre, il est attendu d'une autorité respectable, et y compris même de ceux qui sèment le désordre, qu'elle contribue à éteindre la violence au lieu de l'alimenter.

L'ESSENCE DES RAPPORTS SOCIAUX

Lorsque le prince choisit de se faire l'égal de son sujet, chacun sait bien la facticité du procédé ; et personne n'ignore que cette décision d'égalitarisme reste en réalité un privilège du bénéficiaire de l'inégalité instituée. C'est aussi la raison pour laquelle, si les parents peuvent jouer à faire l'enfant pour amuser leur rejeton, ils doivent en même temps bien faire sentir que tout cela n'est qu'un jeu au cours duquel le parent continue d'"assumer ses responsabilités". Dans le cas contraire, l'enfant, auquel au surplus on "vole" son rôle propre, se sent immédiatement en situation d'insécurité.

Par ses propos insultants, M. Sarkozy montre qu'il ne veut décidément rien s'interdire, et qu'il n'a pas abandonné les réflexes qui ont contribué à mettre certaines banlieues françaises à feu et à cendre à l'automne 2005.

Au Salon de l'agriculture, il n'a pas perdu son sang-froid, ainsi que les images en font foi : plus gravement, il a sans doute méconnu une nouvelle fois ce qu'est l'essence des rapports sociaux dans une société par nature tissée d'inégalités toujours peu ou prou explosives. Pour un chef de l'Etat, voilà sans aucun doute une belle faute professionnelle !


Christophe Brun, professeur d'histoire, de géographie et d'éducation civique au collège Simone-de-Beauvoir et au lycée Antoine-de-Saint-Exupéry de Créteil

 

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